11 mars 2010

LEITARTIKEL - JANNER 2009 - EDITORIAL

ELSASSERDITSCH UF DE ÀRWEIT : VERBODDE ?

Halte à trop de HALDE

 

 

Cela ressemble à une mauvaise blague. Mais pas du tout !

Le proverbe qui dit  que « l’enfer est pavé de bonnes intentions »  se vérifie une fois de plus ! A moins que…

 

Voilà, je vous explique le problème.

 

Madame  Schneider de Guebwiller gère une affaire d’entretien de plantes et décorations florales et arbustives pour les entreprises, usines, bureaux et commerces.

L’entreprise travaille en Alsace comme au Pays de Bade voisin d’où la nécessité d’être bilingue.

 

Madame Schneider, en juillet 2008, fait une offre d’emploi à l’ANPE (Àrweitsàmt) de Guebwiller : « cherche personne parlant français et dialecte alsacien souhaité. »

 

Refus de l’agence qui d’après la « loi anti discrimination » dont l’autorité gardienne est la HALDE – Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité-, ne peut publier de demande qu’avec des langues nationales.

 

Ce sera donc français-allemand, l’alsacien n’a pas voix au chapitre ! Il paraît qu’il en est de même en Bretagne, en Corse…

 

J’ai téléphoné à un responsable de l’ANPE de Guebwiller, puis à la HALDE à Paris – 75009 – 11, rue Saint Georges.   Une personne, qui ne peut donner à la rigueur que son prénom et ne veut pas connaître le mien, me répond que les conversations doivent être anonymes! Ce qui signifierait que rien ne serait vérifiable! ? Cet «anonyme» me confirme la rigueur de la loi anti-discrimination avec interdiction des langues régionales… pour ne pas discriminer ! Voyons mais c’est bien sûr !

 

Alors, dans mon imagination débordante, je vois surgir le spectre du « Jacobin sectaire» qui ne veut voir qu’une seule tête alignée et standardisée dans les rangs d’oignons des troupes supplétives provinciales.

 

Depuis le 21 juillet 2008, après de laborieuses péripéties, le Congrès a fait entrer dans l’article 75/1 de la Constitution l’appartenance des langues régionales « au patrimoine de la France ».

 

Il est vrai que, habillés du « 75 - parisien » nous sommes sous bonne garde !

Il faut se rendre à l’évidence : ceux qui ont pondu cette loi anti-discrimination n’étaient pas sans arrière-pensées… !

 

Il faut dire que ce nationalisme sectaire et borné nous aura empoisonné l’existence. Il nous prend d’une main ce qu’il fait semblant de donner de l’autre !

Cette loi prétend ainsi établir une distinction entre les «bonnes langues nationales»! et les autres. A interdire ou à éradiquer ?

Nous fêtons le 60è anniversaire des « Droits de l’Homme », nous aimerions en voir la couleur ! Chez nous en France règnent plutôt la Liberté conditionnelle, l’Egalité de façade et la Fraternité condescendante, spécialement pour les langues régionales.

Cette politique intolérante porte ses «fruits», puisque rien que dans le Haut-Rhin plus de dix mille emplois ont été perdus en Suisse et en Allemagne, depuis l’an deux mille pour cause d’incompétence linguistique ! L’Education Nationale progresse dans la destruction des doubles cultures ! Quel gâchis et que de richesses perdues pour la France !

Revenons à notre demande d’emploi. Avec « l’Elsasserditsch » on est parfaitement compris en Suisse alémanique comme au Pays de Bade puisqu’on y parle le même dialecte alémanique rhénan.

Faut-il avoir Bac + X, avec langue allemande renforcée, pour soigner les plantes alors que celui qui parle encore sa langue maternelle régionale n’a aucun problème de communication ou de compréhension ! Pour parler et écrire en Hochdeutsch-allemand standard, il aura des complexes s’il ne l’a pas étudié ou pratiqué et ne posera pas sa candidature.    

Où est la promotion sociale ?
 


Cette loi anti-discrimination doit être maniée avec discernement par la HALDE. Elle est sans doute nécessaire dans les recrutements pour la Fonction Publique, mais elle crée des inégalités dans la vie quotidienne où les minorités régionales et leurs spécificités sont à respecter et à encourager.

Alors seulement la Haute Autorité pourra « répondre aux besoins sans discriminer… être davantage à l’image de la population et assurer son rôle d’intégration et de promotion sociale *».

Le 3 décembre 2008 pourtant, la Commission des Libertés du Parlement Européen souhaite promouvoir les langues régionales et/ou minoritaires et « estime que le droit de parler et d’être éduqué dans sa langue maternelle est l’un des droits fondamentaux les plus basiques ».

 

Trotzdam,  viel Gleck un Hoffnung ìm Neje Johr !

 

                                                               Henri SCHERB

*cf. L’Express du 4 au 10 décembre 2008, article de Laurence DEBRIL « Des fonctionnaires trop pâles ».

L'éditorial ci-dessus a fait l'objet d'une suite de réactions et échos dans la presse. D'autres associations militant pour la langue et la culture régionale se sont appropriées le sujet pour le porter avec nous. Merci à ceux qui se sont associés à notre propos. Le forum des Dernières Nouvelles d'Alsace (résultat dans les éditions du Lundi 2 mars) a laissé émerger quelques réflexions intéressantes.
Amis du Elsassisch dans tous les actes de la vie familiale, culturelle et professionnelle, demandez notre prochaine parution. Vous y trouverez l'argumentation qu'il vous faut pour vos droits.

 

 

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